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La dispute

Cette brève pièce de Marivaux repose sur un conte d’une efficacité remarquable. Tout débute par la querelle entre un homme et une femme: le Prince et Hermiane ne parviennent à se mettre d’accord quand il s’agit de déterminer lequel des deux sexes a la primauté de l’infidélité. Qu’à cela ne tienne! Comme ils sont du côté des puissants, ils vont concevoir et organiser une expérience singulière. Deux garçons et deux filles sont dès le berceau élevés dans un isolement absolu. Puis, lorsqu’ils ont vingt ans, on les fait se rencontrer, pour découvrir comment naît et se développe leur relation à l’autre, leur vie amoureuse… Ces dernières décennies, cette œuvre de Marivaux a donné lieu à quelques spectacles remarquables, notamment dans une mise en scène de Patrice Chéreau (1975).

Si cette pièce date du XVIIIe siècle (rappelons que Marivaux a vécu entre 1688 et 1763), elle paraît en effet offrir de puissantes résonances avec le monde d’aujourd’hui. Dans l’œuvre de l’auteur, elle est à ranger parmi les pièces "sociales", tout comme "L’île aux esclaves" ou "La nouvelle colonie". De façon fulgurante, "La dispute" développe une réflexion sur les thèmes de l’éducation, du rapport aux autres, de l’expérimentation (avec un côté "Big Brother") ou encore de la différence raciale (les deux serviteurs sont des Noirs). Tout en revêtant des allures de divertissement, elle brasse les questions qui préoccupent la jeunesse, dans une écriture et une construction théâtrales brillantes.

C’est Alain Maratrat, comédien, pédagogue et metteur en scène, compagnon de route de Peter Brook, qui va diriger les jeunes comédiens suisses romands pour cette nouvelle production de TransHelvetia qui sillonnera le pays. "La dispute" est en fait une tragédie, estime Alain Maratrat, celle de l’homme incapable de communiquer, ni avec lui-même, ni avec son semblable, ni avec le Monde. Comment se fait-il que le seul lien que nous ayons, le langage, ait été si détérioré, si frelaté, si oublié que l’on a perdu sa véritable fonction: celle de manifester la Vie, au sens le plus plein du terme, et surtout de la partager?

Production du Théâtre Vidy-Lausanne, en collaboration avec le Schauspielhaus de Zürich. Avec le soutien de la Fondation Sophie et Karl Binding de Bâle.

Remerciements
Armen Godel et André Steiger